lundi 30 janvier 2012

Le lendemain

Le lendemain, de Denis Peiron


J’attendais depuis longtemps sur le bord de la route
quand il est arrivé et m’a dit de monter.

Il connaissait la France. Il y était allé. Il était jeune. C’était la guerre.

J’étais nazi.

J’aurais été gêné. Et lui ne l’était pas, qui souriait vaguement.

C’était une autre époque.



Dans les rues de Mayence, un vieil homme marchait.
Puis il s’est effondré.

C’était le lendemain.

Il fallait réagir.
Il fallait faire vite.
Il le fallait vraiment.

Et j’ai continué.
J’ai poursuivi ma route.

D’autres y étaient allés.

C’était le lendemain.

mardi 17 janvier 2012

Eblouie

Eblouie, de Denis Peiron

à travers la vitre
le soleil la regardait

c’est là
qu’elle a ouvert les yeux

éblouie

ses yeux restés
bleu nuit

pendant des jours

dimanche 8 janvier 2012

Identité


Identité*, de Denis Peiron

ce qu’on me donne
ce qu’on me prête
ce que j’emprunte
ce que je laisse
ce que je prends
ce que je rends
ce que j’attends
ce que je cherche
ce que je risque
ce que je perds
ce que je porte
ce qui m’habite
ce que je crois
ce que je sais
ce que je tais
ce qui me parle
ce qui me chante
ce qui m’enfante
ce que j’étais
ce qui me suit
ce que je serai

ce que je serais

* un peu de, quelque part entre & tour à tour

vendredi 30 décembre 2011

Marche blanche

Marche blanche, de Denis Peiron

Eric Fiol, encre de Chine sur toile















elle marche
même la nuit elle marche
seule au coeur des villes sans charme

marche blanche
pour oublier le voyage
peut-être le poursuivre

pour suivre ses pensées
et semer son image
dans le flou de la foule

mardi 20 décembre 2011

Le vent

Le vent, de Denis Peiron

lâché dans Paris
le vent me rattrape

et en rafales
les souvenirs

je nage dans le bleu
les yeux fermés

de ciel en mer
de mère au ciel

dimanche 11 décembre 2011

Crockroach shoe

Crockroach shoe, de Sabine Wang,

traduit de l'allemand par Denis Peiron et publié dans le recueil collectif Nord-Sud Passage, n°8, 2005, Passage & Co., Marseille.

cela ressemble à un zigzag de souris
la nuit sur le trottoir près des plaques d'égouts
et puis réveil
quand avec leurs petites pattes pleines d'épines
ils marchent sur le journal

quand la terre a tremblé
arlène était au lit avec naoki et n'a rien remarqué
il a fallu que cet immense cafard
en rut se faufile à travers la moustiquaire
pour qu'elle se mette à hurler

elle l'aurait écrasé nus pieds
à la lueur du frigo dans un craquement
le professeur jiu aurait anéanti le cancrelat
puis tenté de dégager son talon
de cette pseudo viande du fastfood bouddhiste

celui de la salle de bain
a fui le courant d'air
je n'arrivais pas à le retrouver
jusqu'à ce que ses petites pattes remuent
au creux de ma clavicule

ne restaient alors qu'une odeur de brûlé une paire d'ailes
un peuple le plus grand de la ville

mardi 29 novembre 2011

Encore le temps

Encore le temps, de Denis Peiron

Le temps l'emportera © Emmanuelle Brisson






encore
le temps

qui nous retient
et puis qui passe

par là
où ça fait mal

samedi 5 novembre 2011

Toussaint

 Toussaint, de Denis Peiron
Trouble(s) © Emmanuelle Brisson



















je pense aux morts que j’ai croisés
de leur vivant

des morts comme vous et moi
qui savaient se montrer joyeux bavards distraits stressés et éblouis

des morts qui n’imaginaient guère
le devenir

certains longuement ont résisté
d’autres se sont précipités

et ils croyaient bien faire

tous ces morts que nous fêtons
comme grisés par l’automne

samedi 29 octobre 2011

Cicatrice

Cicatrice, de Denis Peiron



les mots à même la plaie

poème cicatrice


la plaie s’est refermée

le poème nous rappelle

dimanche 23 octobre 2011

Il me revient souvent

Il me revient souvent, de Denis Peiron


il me revient souvent

mon père

dans le miroir

me parle

du fond de l’œil

les lèvres closes