mercredi 2 juin 2021

Le rêve de loin comme le poème

 

                                le rêve

                                de loin comme le poème

 

 

                                tête renversée

 

                                racines

                                dans l’infini du ciel
 
 
                                (extrait d'un nouveau recueil à paraître,
                                en collaboration avec l'artiste Joanna Peiron)

dimanche 21 avril 2019

Contes bilingues

Des histoires de langue anglaise, espagnole, polonaise ou encore allemande... J'effectuerai le 11 mai 2019, de 17h à 19h, ma prochaine lecture mensuelle de contes bilingues, avec l'association Arts Langues Éducation, à la Maison 13 solidaire, 13 Rue Annie Girardot, 75013 Paris. Les participants, petits et grands, sont ensuite invités à illustrer les histoires écoutées.
Inscriptions : 01.71.19.43.58.

La chanson de l’exil



parfois ma ville n’est plus qu’un nom
un point sur une carte
là-bas
plus bas plus chaud

parfois ma ville ne me parle plus
elle se tait longuement
puis se reprend à chanter
au loin un coin de ciel

parfois ma ville me revient
un souvenir
baigné de doutes
et de lumière

parfois ma ville de retour
nourrit des rêves
qui s’en retournent vers la mer
comme toujours vers 

mon ailleurs

vendredi 18 janvier 2019

Il me revient souvent



il me revient souvent
mon père
dans le miroir
me parle
du fond de l’œil
les lèvres closes

lundi 23 avril 2018

Le Vent, de Denis Peiron



lâché dans Paris
le vent me rattrape
et en rafales
les souvenirs

je nage dans le bleu
les yeux fermés
et ciel et mer
et mère au ciel

vendredi 15 juillet 2016

Avec Giono, marcher à l’ombre de Lure

L’écrivain de Manosque n’est plus là pour nous guider dans le haut-pays. Mais c’est escorté de ses personnages que l’on parcourt à livre ouvert les chemins de cette Provence demeurée farouche.



Ce sentier odorant tout violet de lavande, Giono l’a, dit-on, usé de ses souliers. Jusqu’à la fin des années 1930, tandis que la guerre approchait à grands pas, l’écrivain pacifiste y emmenait amis et admirateurs pour de longues randonnées dans les plis et replis de Lure, sa montagne.
Chemin faisant, il donnait lecture des paysages, les replaçait dans tel ou tel de ses romans, à l’attention de ce fameux cercle des Contadouriens, nommés ainsi en écho au hameau, Le Contadour, que l’on vient de laisser dans notre dos.

Se glisser dans les pas de Giono, c’est marcher escorté d’une foule de personnages. À tout moment l’on s’attend à croiser dans sa fuite, tel « un épi d’or sur un cheval noir », Angelo, LeHussard sur le toit, filant vers le pas de Redortiers, tout proche. Et l’on se demande si, comme dans Regain, au détour d’une pinède, l’un des arbres – en réalité une vieillarde habillée de branchages – va se mettre à faire « hop ! ».

Quand l’hiver mordait à pleines dents...

La Mamèche – c’est le nom de cette Piémontaise aux airs de sorcière – use de ce subterfuge pour effrayer le rémouleur Gédémus et sa compagne d’infortune, Arsule. Elle les pousse à improviser un autre chemin qui les conduira aux abords d’Aubignane (1). Tandis que Gédémus poursuivra sa route, Arsule, elle, restera auprès de Panturle, le tout dernier habitant de ce village, qui à force d’amour finira par renaître.

Tout cela, c’est dans le livre. Dans le film aussi, une adaptation de 1937 signée Marcel Pagnol, avec Fernandel et Orane Demazis. Mais aujourd’hui, sur notre chemin, pas d’Angelo ni de Mamèche. En trois heures de marche, on ne croisera d’ailleurs pas la moindre âme qui vive.
On imagine sans mal la solitude éprouvée dans ce haut-pays, à plus de 1 000 mètres d’altitude, du temps de Giono, quand l’hiver mordait à pleines dents. L’œuvre de cet écrivain est jalonnée de tête-à-tête avec la nature, farouche et belle, hostile et terrifiante parfois, quand dans son premier roman (2), la colline, comme animée de noirs desseins, pousse les villageois à se débarrasser du seul d’entre eux qui semble la comprendre.

Le Pape et l’Anti-Pape

À l’écart des routes carrossables, c’est un quasi-désert, nous dit encore l’écrivain dans Ennemonde et autres caractères. « Certaines fermes sont à dix ou vingt kilomètres de leur voisin le plus proche ; souvent, c’est un homme seul qui devrait faire ces kilomètres pour rencontrer un homme seul, il ne les fait pas de toute sa vie », écrit-il.
À dire vrai, notre itinéraire, l’un des quinze proposés par Jean-Louis Carribou dans un indispensable guide (3), n’est pas vierge de traces d’activité humaine, passée ou présente. Mais c’est la pierre qui parle pour l’homme. Ici, une bergerie. Là une cabane, humble abri du berger. Toutes deux construites sans le moindre liant, en pierre sèche narguant l’apesanteur par la grâce de la voûte.
La pierre, encore. Sèche, toujours, empilée par des mains savantes. Celle des cairns, qui indiquent le chemin quand la neige efface au sol les balises de couleur. Deux d’entre eux impressionnent par leur taille, qu’aucun géant n’égale : l’Anti-Pape, puis le Pape, dressé sur la crête, à la barbe du vent.

Un panorama de Sainte-Victoire au Ventoux

S’attarder en sa compagnie. Les yeux grands ouverts. Et tourner sur soi-même. Faire tout un tour pour embrasser un rare panorama. Sainte-Victoire, au sud, tourne le dos aux Alpes, tandis que le Ventoux cher à Pétrarque dialogue avec cette autre montagne qui lui ressemble, celle qu’en vain on guettait depuis le début de notre randonnée : Lure.

Un nom magique à l’oreille du petit Giono. « J’avais 7 ans quand, pour la première fois, j’entendis parler de cette montagne (…), je me répétais à haute voix : Lure ! J’écoutais le son du mot, j’écoutais le mot tinter sur l’écho du mur, et, aussitôt, la tête pleine d’herbages, le jeu recommençait. Lure ! », raconte-t-il dans la présentation de Pan.
Cette montagne, somme toute modeste (1 826 mètres d’altitude) quand on la compare aux cimes enneigées du Dévoluy campées dans son prolongement, le futur écrivain la découvrira vraiment à l’âge de onze ans.

« Le voyage le plus long »

Comme il le raconte à Jean Carrière dans une interview radiophonique de 1965, son père, bien décidé à l’extraire des jupes de sa mère, lui donne 5 francs et lui propose de faire avec cet argent « le voyage le plus long » possible. Se joignant à des maquignons rencontrés dans une auberge et qui font route vers la Drôme, il franchit à dos de mule, au petit matin, cette « montagne libre et neuve qui vient à peine d’émerger du déluge ».
Ce périple, confie encore l’auteur, a débuté par un trajet en diligence, de Manosque à Banon, paisible village perché que l’on ne manquera pas de saluer sur notre route du retour. Un lieu presque familier quand bien même on y met les pieds pour la première fois.

Car c’est à la foire de Banon que Panturle vient vendre son blé, symbole de renaissance. à l’hospice de Banon que s’éteint doucement L’homme qui plantait des arbres, un certain Elzéard Bouffier, né de la seule plume de l’écrivain mais qui a donné son nom au chemin qui aujourd’hui, tout là-haut, près de l’église, conduit au cimetière communal.
Banon offre un point de départ à une boucle de 152 kilomètres autour de Lure, à la découverte de bien d’autres paysages romanesques, sur ce qui pourrait devenir bientôt officiellement la « route Jean-Giono ».
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Un chantre de la nature
Né à Manosque en 1895 d’un père cordonnier, italien d’origine, et d’une mère repasseuse, Jean Giono traverse la Première Guerre mondiale comme simple soldat. Cette expérience traumatisante l’incite à adopter ensuite des positionnements pacifistes. Y compris pendant la Seconde Guerre mondiale, où il publie dans des journaux collaborationnistes. Ses proches affirment cependant qu’il a aussi, durant cette période, caché des communistes et des juifs.
Un temps employé de banque, Giono consacre la majeure partie de sa vie à la littérature. Extrêmement attaché à la Haute-Provence, influencé aussi par l’héritage de la Grèce antique, il livre une œuvre d’une grande richesse dans laquelle la nature et les arbres en particulier, ainsi que le monde paysan, occupent une place de choix.
Parmi ses ouvrages les plus lus : Regain (1930), Un roi sans divertissement (1947), Le Hussard sur le toit (1951). Giono est élu à l’Académie Goncourt en 1954. Il mourra dans sa maison de Manosque en 1970.

Denis Peiron
Paru dans La Croix le 15 juillet 2016

(1) Nom imaginaire qui mêle ceux de deux villages de la région, distants de plus de 80 kilomètres, Aubignosc et Simiane.
(2) Colline (1929).

(3) Quinze balades littéraires à la rencontre de Jean Giono. Tome 2 . Montagne de Lure, photographies de François-Xavier Emery, éd. Le bec en l’air, 2012. En vente notamment au Centre Jean-Giono, à Manosque.