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vendredi 1 février 2013

La musique écoutée


La musique écoutée, d'Adam Zagajewski, traduit du polonais par Denis Peiron

La musique écoutée avec toi
était bien plus que de la musique
et le sang qui coulait dans nos veines
était bien plus que du sang
et la joie que nous ressentions
était une joie véritable,
et si pour tout cela je peux remercier quelqu’un,
alors je le remercie maintenant
avant qu’il ne soit trop tard
avant que le silence ne soit.

samedi 12 janvier 2013

Pourquoi j'écris ?


Pourquoi j’écris ?, de Tadeusz Różewicz, traduit du polonais par Denis Peiron

Pourquoi, de Valérie Halin, sur Calligraphie.be
parfois « la vie » cache
Ce
qui est plus grand que la vie

parfois les montagnes cachent
Ce
qui est derrière les montagnes
il faut donc déplacer les montagnes
mais moi je n’ai pas
les moyens techniques nécessaires
ni la force
ni la foi
qui déplace les montagnes
c’est pourquoi tu ne le verras
jamais
je le sais
et c’est la raison pour laquelle
j’écris

mardi 31 mai 2011

Le vivant ne comprend pas

Le vivant ne comprend pas (Żywy nie zrozumie), de Tadeusz Dąbrowski, traduit du polonais par Denis Peiron


Le vivant ne comprend pas le mort le mort comprend
le vivant et son incompréhension.

Le vivant croit si peu au ciel que si
on lui proposait de rester éternellement assis dans un fauteuil

avec l’obligation de surveiller un écran dans lequel
il se regarderait lui-même en train de se regarder, il serait

partant. Ou bien il serait d’accord pour que le ciel soit petit mais
certain comme le cercueil. Si

le mort voulait bien raconter au vivant
à quoi cela ressemble vraiment il serait obligé de

se taire.



Ecoutez Tadeusz Dąbrowski et retrouvez plusieurs autres de ses poèmes traduits par Denis Peiron sur Lyrikline

jeudi 19 février 2009

Constellation en fugue, Christian Uetz, trad. Denis Peiron

Constellation en fugue, de Christian Uetz, traduit de l’allemand par Denis Peiron, éditions L’Oreille du loup, Paris, 2008.

(extraits)



Nous voyons notre fin

et déjà anges nous sommes,

plus de ce monde.

Pris congé de tout,

tout observé, une dernière fois,

tout achevé,

et voilà que tout commence.

Nous voyons notre non-être

et sommes déjà présent sans présent,

esprit sans présence.

Et quoi qu’il nous arrive,

tout est déjà vécu.

Et quoi que nous fassions,

tout est déjà parfait.

Nous ne nous bousculons pas vers la vie,

nous basculons dans l’éternité.

Nous ne nous bousculons pas vers l’autre,


nous basculons dans l’autre, dans l’unicité.



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Poésie de Sabine Wang, trad. Denis Peiron

Poèmes de Sabine Wang, traduits de l’allemand par Denis Peiron, éditions Nord-Sud-Passage, Marseille, 2005.


Panoptique


les masseurs aveugles devant le temple de lungshan

l’albinos les infirmes comme au théâtre

pareils à des pêcheurs ils se traînent le long des marchés de nuit

dans une carriole un enfant et quelques petites doses de baume


les belles sont plus belles encore qu’à la maison

les employés de bureau couleur e-mail international

tandis que dans les rues on nourrit de feu et de tables pliantes

les esprits affamés


let’s learn english piaillent des étudiantes instantanées

des expats et des cerveaux nourris au glutamate

et le prof de français venu de Paris fouille son oreille

pour mieux observer la cire au bout de son petit doigt


le regard vague comme la ville les roller boys filent à toute allure

un casque nazi renversé sur la nuque

dans le parc se disputent et les chaises et les joueurs

si vrais qu’on ose à peine les regarder


des travailleurs munis de cordes dressent les arbres comme des tentes

l’habitant de taipei fixe hébété la racine

qui s’élève au-dessus de l’asphalte telle un plateau renversé

et le garçon de café s’est fait la belle


dans le taxi tout contre le ventilateur

tournent les petits hélicoptères les petites hélices

tourne la voisine

qui avec son chiffon cherche à colmater la fuite au plafond


william ce con m’apporte le mahjong

et le propriétaire du magasin souffle court

me montre des exercices de qigong en plein rayon des nouilles

m’explique le monde d’après le lexique du tao


la carapace de la tortue couverte d’algues

les alligators se regardent dans le verre

les chats de taipei dit dawn

i like to touch their feet they are so soft


les rondes cavalières des tang balaient

dans les couloirs les pantoufles des rêveuses

les rouges sous-vêtements des suicidaires

les médées vengeresses les girls à pokemon


dans le quartier japonais les chauffeurs

devant les vitres teintées des boîtes de nuit

oreillettes et limousines

en chemises hawaïennes les piètres tueurs de serpents équipés de micros


tu ne dois pas laisser traîner tes déchets

tu ne dois pas fumer dans les lieux publics

tu ne dois pas faire frire tes rouleaux de printemps devant le musée des beaux-arts

tu ne dois pas laisser ton chien aboyer


ce sont les chiots qui d’abord s’extirpent de la décharge

puis l’homme aux quatre doigts qui récupère les cartons et s’achète de l’eau de vie

dans ce supermarché où la caissière m’interroge sur le montant de mon loyer

monsieur le maire inaugure de nouvelles toilettes


pour un peu ils nous feraient pitié ces cafards

ces fuyards de pavlov avant qu’on ne les broie

et leurs capteurs étonnamment s’agitent en l’air

en une ultime et minuscule protestation


devant l’écran regard sale et cigarette au coin des lèvres

le joueur vide son chargeur

dans son ivresse le marchand d’ail de sa voix enrouée ose un hello

sur le mont des éléphants un blanc épris de démence disperse de la farine


ma cousine plus elle gravit les échelons plus son cul grossit

répète ma tante m’a traînée sans répit à travers la ville

le continent de ma dioptrie

la solitude de la shabu shabu

la pluie la pluie

Weisse des Exils, Denis Peiron, trad. Christian Uetz

Weisse des Exils, extraits, traduction de Christian Uetz, éditions Nord-Sud-Passage / Le Mot et le reste, Marseille, 2004.



weisstraum


leeres bett


die laken geschlissen

von einer geschichte ohne geschichte


ein blutfleck


von neuem

vollzieht das exil


(...)


*


zahl-reiche namen


städte

blumen

steine


pollen-namen

tau an den lidern


staub-namen

die sanduhr umgeworfen


tragen im schatten


das unendliche der wurzeln

den unentzifferbaren plan


(...)


*


von euch zu mir


die schmalen dünen

eines schweigens


eines nach dem anderen

bringe ich die wörter hervor


die mich zurückhalten


sinn-körner

die ein hauch


trägt und verstreut


*


flut-passage

von einer sprache zur anderen


ein gesamter text setzt sich erneut in gang


auf den eindringlichen ruf

verlasse ich den rand


und in seinem körper

befreit


löse mich auf


*


wiedereroberung

im inneren


ich breche durch das weiss

wie der frühling seine blumen hervortreibt